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18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 14:48

Le carnaval bat son plein et je rencontre un nouveau personnage fascinant : le Touloulou ! C’est certainement le personnage carnavalesque le plus connu de Guyane. Le principe est simple et s’adresse principalement aux femmes. Encore qu’hier soir, j’ai vu de très beaux Tololos (un Touloulou homme) ! 

 

Déguisez-vous de la tête aux pieds : jupon, perruque, gants, collants, cagoule, loup (le fameux masque de carnaval) de façon à ce qu’aucun millimètre de votre peau n’apparaisse. Certains Touloulou portent même des lentilles de contact de couleur. Pour brouiller les pistes jusqu’au bout, adoptez une voix puis une démarche différente de celle de tous les jours. Une soirée Touloulou est le moment idéal pour entrer dans un autre personnage ! 

Une fois paré, direction la piste de danse…

Le Touloulou choisit lui-même son compagnon qui ne peut lui refuser une danse. Derrière le masque, on observe les plus beaux individus du dancefloor et on se lance ! Tout est permis (ou presque). 

 

http://www.iconvalley.com/photos/bd/g/guyane0440.jpg

 

Toulou à soif !

 

Comme je vous l’expliquais, le principe consiste à ne pas se faire reconnaitre. Vous avez un petit creux ? Envie de siroter un cocktail au bar ? N’hésitez pas à solliciter votre partenaire : Touloulou à soif ! Et il vous servira encore et encore… Seulement voilà, un Touloulou, ça coûte cher. Certains hommes, (très rarement les femmes) investissent le coffre de la voiture, y mettent une glacière et embarquent leur Touloulou sur le parking pour se désaltérer. Beaucoup moins glamour, je vous l’accorde.

 

 

Ce qui est intéressant dans ces soirées, c’est de voir un Touloulou se balader dans la foule cherchant un partenaire à son goût. Il prend son temps, s’arrête devant certains puis repart vers un autre. Debout, assis, chacun attend qu’un Touloulou daigne lui proposer une danse.

 

Une revanche sociale?

 

Ne nous y trompons pas, ce personnage n’est pas né en Guyane mais en Martinique au carnaval de Saint-Pierre il a de cela…près d’un siècle. Le Touloulou représente les femmes du 18ème et 19ème siècle endimanchées, vêtues de la tête aux pieds. Et à l’origine, le masque de Touloulou servait à faire tomber les frontières sociales afin que les lépreuses ou encore les religieuses et les servantes puissent s’amuser en tout anonymat. On raconte même que ces dernières venaient danser avec leurs maîtres…

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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 05:33

Une visite au musée de Cayenne, puis une rencontre avec un personnage qui n’a pas fini, je pense, d’alimenter le folklore local. C’est le moins qu’on puisse dire. En mémoire à ces détestables zoos humains de la république coloniale, voici un spécimen que beaucoup se seraient arraché…

 

Numéro 1144.

 

Revenons quelques 150 ans en arrière. La Guyane est une colonie française depuis près de 300 ans. D’Chimbo, un Gabonais trentenaire de la tribu des Rongous, débarque en Guyane en tant qu’immigré, sous le numéro 1144. Il est engagé dans Compagnie des Mines d’or du fleuve de l’Approuague le fleuve où ont eu lieu les premières ruées vers l’or du XXe siècle. Rapidement, il est condamné pour coups, blessures, vols et vagabondage. Emprisonné à la geôle de Cayenne, il s’y échappe le 28 Février 1860.

 http://bennot.narod.ru/images/francite/kourou1.jpg

Cavale infernale

 

Pendant près d’un an et demie, D’Chimbo vit dans la brousse. Les textes nous expliquent qu’il se nourrit de rapines, de chasse et dévalise à l’occasion les habitants. Armé, il assaille les passants isolés, en particulier les femmes qu’il vol, viole et assassine. Petit, trapu mais doté d’une force incontestable, D’Chimbo est tatoué sur la poitrine, le ventre et le dos. La légende raconte même que ce bandit avait les dents limées en pointe. Couturé sur l’ensemble du corps par d’innombrables cicatrices de coups de sabre, de morsures d’animaux et de coups de feu, D’Chimbo était doté d'une musculature impressionnante et d’une agilité sans faille. Patient, l'homme pouvait rester des heures dans la forêt si dangereuse pour ses semblables. Et soi-disant dès que l’envie lui prenait, il fonçait sur ses victimes tel un lion enragé puis disparaissait instantanément dans la nature. Il était si rapide et malin que toute tentative de poursuite était vaine. Mais cela ne dura qu’un temps. Rappelons que D’Chimbo n’était muni que d’un vieux sabre. Il évitait de justesse les coups de fusils, passait pour invulnérable mais il restait un homme. Et non une bête sauvage...

 

 

Les marches de l’échafaud

 

Le 6 juin 1861 à deux heures du matin, après avoir échappé à de nombreuses battues commandées par des habitants terrorisés D’Chimbo est tué par deux immigrants Rongous…

 

A en croire les légendes populaires, ce jour là notre bandit prodigieux n’est que partiellement blessé. Ligoté et ramené à la geôle de Cayenne il comparaît le 19 aout 1861 devant la cour d’Assises qui le condamne à la peine capitale. Sur la place du marché de Cayenne, le 14 janvier 1862, D’Chimbo se rend à l’échafaud. Le révérend Guyodo, dans son rituel de bénédiction lui dépeint les félicités célestes lorsque le condamné lui rétorque : « Dabo, pis ça si bon, pou kiça to pa ra pran’mo plas » ‘D’abord, puisque c’est si bon, pourquoi ne prends-tu pas ma place ? » Ce sont ses dernières paroles.

 

De la terreur au folklore

 

Les légendes locales estiment que D’Chimbo était animé par des forces occultes, le protégeant de toutes des investigations menées contre lui alors qu’il massacrait des innocents. Si D’Chimbo est l’une des figures contemporaines les plus évocatrices en Guyane, son histoire reste globalement mal connue…

 

Le portrait de D’Chimbo ainsi décrit révèle une société guyanaise enfoncée dans de violents préjugés raciaux: ils projettent l’image de l’Africain auteur de crimes innommables et muni de toutes les tares humaines... Il vole, viole assassine et n’est jamais rassasié. Bref, un gorille brutal qui n’a d’humain que l’apparence, et encore !

 

Un épisode de l’histoire sombre mais passionnant. Pour en savoir plus :

 

Essai de Serge Mam Lam Fouck : « D’Chimbo, du criminel au héros », Ibis Rouge Editions.

 « La nouvelle légende de D’Chimbo » Elie Stephenson, Ibis Rouge Editions.

 

 

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12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 00:39

La Guyane possède une frontière naturelle avec le Brésil. Il s’agit du fleuve de l’Oyapock. Il prend sa source dans l’Etat de l’Amapa, au Brésil et s’écoule sur un bassin versant de près de 25 120 km. Ce fleuve est emprunté par des centaines de pirogues chaque jour qui transportent autant de touristes français, que de Brésiliens venus découvrir la France en Amérique du Sud.

 

IMGP0709

 

Depuis les rives de Saint-Georges en Guyane, on peut apercevoir les bords d’Oiapoque, la première ville frontalière brésilienne. Prenez place sur une pirogue, laissez vous porter sur les sauts pendant une trentaine de minutes et vous accostez sur les rebords du plus grand pays d’Amazonie.

Une pancarte…

 

"Aqui começa o Brazil" ("Ici commence le Brésil"). 


Cette ville aux pistes rouges, aux petits commerces ambulants à des allures de Far West. Une aventure commence…

 

Dans les semaines à venir, la construction du premier pont reliant Saint-Goerges à Oiapock, autrement dit entre la Guyane et le Brésil sera achevée. Un projet attendu depuis de nombreuses années par des riverains et des commerçants Français. Et certainement par autant de Brésiliens pour qui l'accès à la Guyane est plus que jamais règlementé. A ce titre, la prefecture annonce même le déploiement d'un statut transfrontalier pour les habitants des deux rives. Les Brésiliens pourraient ainsi faire leurs courses de l'autre côté du fleuve, sans nécessairement être munis d'un visa...Mais ceci est une autre question.

 

Le bon côté des choses? Ce pont facilitera les échanges entre le Brésil et la Guyane. Une manière d’assouplir certaines lois relatives aux échanges de marchandises, notamment alimentaires et du coup, de baisser le prix de certaines denrées en Guyane…Beaucoup l’espèrent en tout cas.

 

Les piroguiers d'Oyapock entrent dans le mythe

 

Aujourd’hui, plusieurs dizaines, que dis-je…des centaines de piroguiers Brésiliens, voient leur profession disparaître. "Avec la construction de ce pont, les gens prendront leur voiture pour se rendre au Brésil. Et nous, nous serons là uniquement pour les touristes en mal d’exotisme" m’explique Leandro, un piroguier Brésilien. "Le pont fait entrer les piroguiers dans une légende, dans le folklore. Qui d’autre qu’un touriste voudra perdre son temps à bord d’une pirogue?"


Et pourtant... 


 C’est bien au bord de la pirogue que l’on peut voir le Brésil se rapprocher au rythme des soubresauts du fleuve. C’est bien au bord de la pirogue que l’on peut apprendre les premiers mots de portugais. C’est bien au bord de la pirogue que l’on vit le chemin du voyage. Avec ses aléas, ses pluies, ses vents, son eau qui nous éclabousse, nous rafraîchit, nous éveille…

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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 01:59

J’ai envie de commencer par quelque chose qui nous fédère tous : la peur. Allez donc, avis à celles ou ceux qui n’ont peur de rien.  Moi, j’ai peur des araignées. Une peur certainement dûe au manque de connaissance de ces petites arachnides. Mais qui a dit petite ? 

 

Matoutou

 La Matoutou

 

C’est le joli surnom guyanais de l’Avicularia avicularia. Facilement reconnaissable, cette mygale est noire et velue avec le bout des pattes orange. Bébé, son corps est foncé, ses pattes sont blanches, et le bout de ces dernières sont noires…

 

Bébé matoutou

On trouve cette mygale peu agressive en Guyane et au Brésil. Seuls les poils de son abdomen sont urticants. Pas d’inquiétude donc, si vous la rencontrez sur le chemin de la cuisine à la salle de bain, la Matoutou est somme toute, une araignée domestique qui cohabite facilement avec les hommes. La chair humaine ne figure pas dans son menu : elle raffole des blattes, sauterelles, criquets ou encore des papillons…

 

 

 

 

 

 

Matoutou dans l'arbre

 

 

En revanche, ne soyez pas surpris si elle se met à sauter : la Matoutou est une espèce arboricole ! Vous pourrez la rencontrer sur les toitures, les troncs d’arbres, ou dans le creux des feuilles des plantes épiphytes (ce sont les végétaux qui se servent d’autres plantes comme support). Ah! J'oubliais! Je ne vous ai pas parlé de sa taille… Regardez votre main, cela vous donnera un ordre d’idée.

 

 

 

 

 

 

 

 

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