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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 05:33

Une visite au musée de Cayenne, puis une rencontre avec un personnage qui n’a pas fini, je pense, d’alimenter le folklore local. C’est le moins qu’on puisse dire. En mémoire à ces détestables zoos humains de la république coloniale, voici un spécimen que beaucoup se seraient arraché…

 

Numéro 1144.

 

Revenons quelques 150 ans en arrière. La Guyane est une colonie française depuis près de 300 ans. D’Chimbo, un Gabonais trentenaire de la tribu des Rongous, débarque en Guyane en tant qu’immigré, sous le numéro 1144. Il est engagé dans Compagnie des Mines d’or du fleuve de l’Approuague le fleuve où ont eu lieu les premières ruées vers l’or du XXe siècle. Rapidement, il est condamné pour coups, blessures, vols et vagabondage. Emprisonné à la geôle de Cayenne, il s’y échappe le 28 Février 1860.

 http://bennot.narod.ru/images/francite/kourou1.jpg

Cavale infernale

 

Pendant près d’un an et demie, D’Chimbo vit dans la brousse. Les textes nous expliquent qu’il se nourrit de rapines, de chasse et dévalise à l’occasion les habitants. Armé, il assaille les passants isolés, en particulier les femmes qu’il vol, viole et assassine. Petit, trapu mais doté d’une force incontestable, D’Chimbo est tatoué sur la poitrine, le ventre et le dos. La légende raconte même que ce bandit avait les dents limées en pointe. Couturé sur l’ensemble du corps par d’innombrables cicatrices de coups de sabre, de morsures d’animaux et de coups de feu, D’Chimbo était doté d'une musculature impressionnante et d’une agilité sans faille. Patient, l'homme pouvait rester des heures dans la forêt si dangereuse pour ses semblables. Et soi-disant dès que l’envie lui prenait, il fonçait sur ses victimes tel un lion enragé puis disparaissait instantanément dans la nature. Il était si rapide et malin que toute tentative de poursuite était vaine. Mais cela ne dura qu’un temps. Rappelons que D’Chimbo n’était muni que d’un vieux sabre. Il évitait de justesse les coups de fusils, passait pour invulnérable mais il restait un homme. Et non une bête sauvage...

 

 

Les marches de l’échafaud

 

Le 6 juin 1861 à deux heures du matin, après avoir échappé à de nombreuses battues commandées par des habitants terrorisés D’Chimbo est tué par deux immigrants Rongous…

 

A en croire les légendes populaires, ce jour là notre bandit prodigieux n’est que partiellement blessé. Ligoté et ramené à la geôle de Cayenne il comparaît le 19 aout 1861 devant la cour d’Assises qui le condamne à la peine capitale. Sur la place du marché de Cayenne, le 14 janvier 1862, D’Chimbo se rend à l’échafaud. Le révérend Guyodo, dans son rituel de bénédiction lui dépeint les félicités célestes lorsque le condamné lui rétorque : « Dabo, pis ça si bon, pou kiça to pa ra pran’mo plas » ‘D’abord, puisque c’est si bon, pourquoi ne prends-tu pas ma place ? » Ce sont ses dernières paroles.

 

De la terreur au folklore

 

Les légendes locales estiment que D’Chimbo était animé par des forces occultes, le protégeant de toutes des investigations menées contre lui alors qu’il massacrait des innocents. Si D’Chimbo est l’une des figures contemporaines les plus évocatrices en Guyane, son histoire reste globalement mal connue…

 

Le portrait de D’Chimbo ainsi décrit révèle une société guyanaise enfoncée dans de violents préjugés raciaux: ils projettent l’image de l’Africain auteur de crimes innommables et muni de toutes les tares humaines... Il vole, viole assassine et n’est jamais rassasié. Bref, un gorille brutal qui n’a d’humain que l’apparence, et encore !

 

Un épisode de l’histoire sombre mais passionnant. Pour en savoir plus :

 

Essai de Serge Mam Lam Fouck : « D’Chimbo, du criminel au héros », Ibis Rouge Editions.

 « La nouvelle légende de D’Chimbo » Elie Stephenson, Ibis Rouge Editions.

 

 

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